Podcast – Rhazi, le hip-hop et Marseille dans les années 80

J’ai rencontré Rhazi par hasard, en poussant la porte d’une boutique cool de tee-shirt du Cours Julien. Le sujet de la musique est rapidement arrivé sur la table et ses souvenirs des débuts du déferlement du hip-hop à Marseille aussi. Alors, c’était comment Marseille dans les années 80 pour un minot qui voulait tagger, danser et rapper ?

 

Belsunce Breakdance : danse aux Nouvelles Galeries

A la fin des années 70, Rhazi, petit dernier d’une grande fratrie, grandit en centre-ville, entre la Préfecture et Saint-Victor. A l’époque, ses idoles s’appellent Goldorak et Fred Astaire. Il découvre la danse avec les comédies musicales américaines, de Gene Kelly à Travolta. En 1978, la famille emménage dans le quartier animé de Belsunce, rue Colbert.

Les Tours Labourdette, Belsunce. Années 60, Marseille

Les Tours Labourdette, Belsunce. Années 60, Marseille

Des projets architecturaux d’envergure ont transformé le paysage urbain de ce vieux quartier, notamment sa partie est située juste derrière la Bourse.
Dans les années 60, trois tours d’habitation de 18 étages – les tours Labourdette – sont construites à l’emplacement d’un terrain vague où les Marseillais venaient jouer aux boules.

En 1977, le Centre Bourse et les Nouvelles Galeries (actuelles Galeries Lafayette) sont inaugurés. Rapidement, les jeunes du quartier prennent l’habitude de traverser ce centre commercial flambant neuf et se l’approprient petit à petit. Il devient un lieu de rendez-vous incontournable et un endroit pour tester quelques nouveaux pas de danse au moment où la vague hip-hop commence à déferler sur la France.

Mon premier tag, c’était sur la Poste de la rue Colbert, comme ça je pouvais le voir de chez moi. Je l’ai fait avec un Baranne, pour chaussures (NDRL : tube de cirage populaire à l’époque).

Les années 80, IAM, Paris & New-York

Son grand frère sera le premier à faire tourner cassettes et vinyles à la maison. Dans la bande, il y a aussi Chill (Akhenaton) qui part chaque été aux Etats-Unis et revient à Marseille avec ses trouvailles. Rhazi baigne dans cet univers de musique et de danse. A l’époque, des Marines américains débarquent aussi régulièrement à Marseille. On parle avec eux des derniers sons venus des US. Grandmaster et Melle Mel, Big Daddy Kane, EPMD…les pionniers. Dès l’âge de quinze ans, Rhazi se débrouille pour passer quelques week-ends à Paris où il « représente » Marseille lors de concours de danse.

J’avais envie de montrer que les Marseillais savent faire la coupole avec les mains,  qu’on n’était pas une Province, qu’il se passait des trucs ici.

IAM A LA MAISON HANTEE (MARSEILLE, 1988) - © Jean-Pierre Maero

IAM A LA MAISON HANTEE (MARSEILLE, 1988) – © Jean-Pierre Maero

 

Petit à petit, les radios commencent à passer de la new jack, les styles évoluent et le hip-hop aussi. Les années 90 ne sont plus très loin. Mais la créativité et la liberté de ce mouvement reste gravées dans l’esprit de ceux qui l’ont vécu. Comme si c’était hier.

Tracklisting

Bonus

LIRE – En savoir plus sur l’histoire du quartier Belsunce (Marseille Forum)

LIRE – Les débuts du hip-hop racontés par deux Zulus Queens (Télérama)

ÉCOUTER – L’intégralité la mixtape IAM Concept