Laëtitia Costechareyre, la vie en bleu

A quelques pas du centre ville d’Aix-en-Provence, derrière une façade discrète nichée au cœur d’une petite rue calme, voilà Atelier Simone. C’est ici que Laëtitia Costechareyre, artiste indigotière passionnée de teinture végétale, élabore ses « bleus » et redonne des couleurs à des vêtements et tissus anciens.

La délicatesse

Lorsque Laëtitia m’ouvre sa porte pour me faire pénétrer dans sa maison-atelier, je suis saisie par le vent de bonne humeur et de quiétude qu’elle dégage. Chez elle, tout semble organique, vivant, imperceptiblement en mouvement. En s’approchant du jardin, des touches de bleu apparaissent. Ici des draps qui volettent doucement, là des vêtements qui sèchent au soleil, ou encore des chèches et des serviettes brodées qui s’amoncellent dans de grands paniers.

Laëtitia travaille la teinture végétale de façon ancestrale à partir de l’indigotier, dit aussi indigo des teinturiers ou indigo des Indes. Utilisée depuis des millénaires, vénérée par les Égyptiens sous l’Antiquité, c’est aujourd’hui encore une alliée des Touaregs, « les hommes bleus », et de nombreuses ethnies à travers le monde.

Atelier Simone © Céline Bousquet

Deux cuves métalliques occupent l’espace exigu de l’atelier. Quand on soulève leur couvercle, c’est tout un monde mystérieux et inconnu qui vient chuchoter à notre oreille. Des bulles légères flottent sur la surface moirée. Laëtitia réveille la matière en faisant tournoyer un long bâton, et l’écume se renforce. Cela lui permet de savoir quel type de bleu elle va pouvoir obtenir avec ce mélange, et quelles nuances elles va pouvoir révéler. On est proche de la magie.

Atelier Simone © Céline Bousquet

Ivre d’or bleu et de teinture

Pour décliner le bleu et ses nuances infinies, Laëtitia chine des vêtements anciens, robes, aubes, chemises, et leur redonne vie. Chaque pièce est unique, chaque habit a son histoire.
Ce virus du vêtement, elle l’a attrapé dans l’enfance. Elle confesse un goût prononcé pour le déguisement et la théâtralité. Les matières choisies sont délicates : chanvre, lin, coton et soie.
Diplômée des Beaux-Arts, son travail sur le vêtement, la beauté et la couleur ne date pas d’hier. D’ailleurs, dans une autre vie, elle a longtemps travaillé pour agnès b.
C’est Michel Garcia – historien et expert des plantes tinctoriales -, celui qu’elle appelle « mon mentor », qui lui a transmis l’amour de la teinture végétale, la subtilité des pigments issus des plantes, la richesse de l’indigo.

Simone de Beauvoir

Tout cela lui a permis de donner naissance à Atelier Simone et de proposer ses créations.
« Simone, c’est avant tout Simone de Beauvoir. C’est aussi Simone Weil, Simone Signoret…Mais surtout, c’est un prénom qui résonnait en moi. »

Aujourd’hui, elle veut transmettre son savoir à son tour. Après avoir sillonné plusieurs continents, c’est Tanger qui fait battre son cœur. Tanger ville indomptable et sulfureuse, sauvage et attachante. Une invitation au voyage.
Laëtitia n’en a pas fini avec l’indigo. Ce n’est que le début d’une longue et sinueuse rencontre.

 

Le site d’Atelier Simone // Le site de Michel Garcia // Petit tour du monde de l’indigo